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Le détecteur

Un Arduino Uno, un shield et un ou deux modules Geiger du commerce : aucune soudure, et la coïncidence tient en quelques lignes de code.

Le principe

Le cœur du détecteur est le module Geiger DFRobot Gravity (SEN0463). Il porte un tube M4011 (10 mm × 88 mm, environ 7 cm² de surface sensible), son alimentation haute tension et la mise en forme des impulsions. Quand une particule ionisante traverse le gaz du tube, elle déclenche une avalanche d’électrons : la sortie du module, au repos à 5 V, tombe à 0 V pendant environ 0,3 ms.

L’Arduino compte ces fronts descendants grâce à ses entrées d’interruption D2 et D3 : aucune électronique supplémentaire, aucune soudure. Un tube suffit pour la radioactivité ; deux tubes empilés, lus en coïncidence, sélectionnent les muons cosmiques.

Deux modules Geiger DFRobot empilés dans leurs boîtiers acryliques
Deux modules Geiger empilés : tubes parallèles, écartés d’environ 3 cm.

Le matériel

Dessin légendé du montage à deux tubes : Arduino Uno, shield d’extension Gravity E/S avec ses entrées D2 et D3, prise USB, câbles 3 fils Gravity, deux modules Geiger DFRobot dans leur boîtier en plexiglas avec entretoises, et leurs tubes Geiger M4011
Le montage à deux tubes et ses éléments.
QtéÉlémentRôlePrix indicatif
1 ou 2Module Geiger DFRobot Gravity (SEN0463)tube M4011, haute tension et mise en forme intégrées≈ 70 € l’unité
1Arduino Uno (ou compatible)comptage des impulsions et des coïncidences≈ 25 €
1Shield DFRobot Gravity E/S (V7)connecteurs 3 fils enfichables≈ 10 €
1Câble USB ; ordinateur, ou batterie USB et enregistreur micro-SDalimentation et lecture des données—
Total pour le montage à deux tubes≈ 150 à 175 €

Sources pour la radioactivité : un sel de potassium du laboratoire de chimie (KCl, thiocyanate de potassium KSCN) ou un manchon de lampe à gaz. Voir la page Radioactivité.

Micro(K)osmos

Montage à un tube : la radioactivité

Arduino avec shield relié par un câble 3 fils à un module Geiger
Le montage réel : un module Geiger relié à l’entrée D2.
  1. Enficher le shield Gravity sur l’Arduino Uno.
  2. Brancher le câble 3 fils du module Geiger sur la broche D2 (noir sur GND, rouge sur 5 V, vert sur le signal).
  3. Téléverser DetectionCosmiques3_0.ino (ou MicroCosmosRadioactivite.ino), puis lancer le logiciel Microcosmos, onglet Radioactivité.

Le programme compte les impulsions par tranches de 10 s : une série de 30 mesures dure 5 minutes, ce qui tient dans une séance de travaux pratiques.

Schéma du montage à un tube : Arduino Uno et shield, câble 3 fils vers le module Geiger sur l’entrée D2
Schéma du montage à un tube, dessiné d’après la photo.
MicroCosmos

Montage à deux tubes : les rayons cosmiques

  1. Empiler les deux modules sur leurs entretoises, tubes parallèles et écartés d’environ 3 cm.
  2. Brancher le tube du dessus sur D2 et celui du dessous sur D3 : ce sont les deux entrées d’interruption de l’Uno.
  3. Téléverser DetectionCosmiques3_0.ino : chaque seconde, il envoie les comptages de chaque tube, les coïncidences N12 et le temps écoulé.
Arduino avec shield relié à deux modules Geiger empilés
Le montage réel : deux modules empilés, reliés à D2 et D3.
Schéma du montage à deux tubes : câblage vu de dessus vers D2 et D3, et vue de côté de la pile avec 3 cm entre les tubes
Schéma du montage à deux tubes, dessiné d’après les photos : câblage vu de dessus et pile vue de côté.

La coïncidence, au cœur du détecteur

Un tube Geiger seul réagit à toute particule ionisante : les rayonnements β et γ de la radioactivité naturelle (sol, murs, potassium de notre corps…) comme les rayons cosmiques, soit environ 0,4 à 0,5 coup par seconde. Impossible, avec un seul tube, de savoir ce qui vient du ciel.

Un muon au niveau de la mer, lui, se déplace presque à la vitesse de la lumière et traverse la matière sans presque être dévié : il déclenche les deux tubes empilés au même instant. Deux impulsions de bruit de fond sans rapport, en revanche, ne tombent presque jamais dans la même milliseconde. Ne compter que les coïncidences N12 sélectionne donc les muons. C’est l’expérience de Bothe et Kohlhörster (1929), où le circuit à lampes de Rossi est remplacé par quelques lignes de code.

Vue en coupe des deux tubes : un muon vertical traverse les deux tubes et est compté ; un muon incliné ne traverse que le tube 1 ; un rayonnement bêta ou gamma ne touche que le tube 2
Seul le cas ① donne une coïncidence. Les muons trop inclinés (②) sont perdus : l’acceptance géométrique de la pile vaut environ 19,5 % pour des tubes écartés de 3 cm.

La coïncidence logicielle

Chaque tube a sa propre routine d’interruption, qui incrémente son compteur et lève un drapeau. La boucle principale regarde les deux drapeaux toutes les millisecondes : s’ils sont levés tous les deux, une coïncidence est comptée, puis les deux drapeaux sont baissés. Cela revient à une fenêtre de coïncidence de 1 ms, la résolution du premier circuit de Rossi.

Les élèves peuvent lire ce code, modifier la fenêtre ou ajouter un troisième tube sur une carte disposant de plus d’entrées d’interruption.

volatile int Etat1, Etat2;            // un drapeau par tube
void GeigerISR1(){ Impulsion1++; Etat1 = 1; }  // tube 1
void GeigerISR2(){ Impulsion2++; Etat2 = 1; }  // tube 2
// dans setup() : broches 2 et 3, front descendant
attachInterrupt(digitalPinToInterrupt(2), GeigerISR1, FALLING);
attachInterrupt(digitalPinToInterrupt(3), GeigerISR2, FALLING);

void loop(){
  for (int t = 0; t < 1000; t++){       // bilan chaque seconde
    delay(1);                           // fenêtre de 1 ms
    if (Etat1 == 1 && Etat2 == 1) N12++; // un muon
    Etat1 = 0; Etat2 = 0;               // on baisse les drapeaux
  }
  // ... envoi de Impulsion1, Impulsion2, N12, temps écoulé
}
Chronogramme : impulsions des deux tubes, drapeaux relus toutes les millisecondes ; seule la tranche où les deux drapeaux sont levés compte une coïncidence
Chronogramme (échelle dilatée) : les impulsions isolées sont du bruit de fond ; seule la tranche « 11 » compte un muon.

Et les coïncidences fortuites ?

Deux impulsions de bruit peuvent tomber par hasard dans la même milliseconde. Avec un taux R₁ et R₂ sur chaque tube et une fenêtre τ, on en attend R₁ × R₂ × τ par seconde. Pour R₁ ≈ R₂ ≈ 0,5 s⁻¹ et τ = 1 ms : 0,5 × 0,5 × 0,001 ≈ 2,5 × 10⁻⁴ s⁻¹, soit environ une par heure.

Pendant ce temps, la pile compte environ 70 vraies coïncidences par heure (1,2 par minute). Les fortuites représentent donc à peine 1 à 2 % du signal. Le logiciel Microcosmos affiche d’ailleurs ce nombre de fortuites attendues en direct.

Simulateur : voir la coïncidence en action

Le simulateur reproduit le détecteur avec des taux réalistes : environ 0,4 coup/s de bruit de fond par tube et des muons tirés selon une loi en cos²θ. Le temps est accéléré. Essayez d’agrandir la fenêtre de coïncidence : les fortuites (en jaune) deviennent vite plus nombreuses que les vrais muons (en vert).

0N1 · tube 1
0N2 · tube 2
0N12 ·
0 min 00 stemps de mesure
muon dans les deux tubes (vraie coïncidence)muon dans un seul tube β / γ de la radioactivité naturelle, et coïncidence fortuite

Compte-t-il vraiment des muons ?

Une mesure de 4 h 18 min (15 482 s) a donné un taux stable de 0,0199 coïncidence par seconde. En divisant par la surface sensible (A = 7 cm²) et par l’acceptance géométrique de la pile (ε = 19,5 % pour des tubes écartés de 3 cm, calculée par un petit script Monte-Carlo) :

Φ = 0,0199 s⁻¹ / (0,195 × 7 × 10⁻⁴ m²) ≈ 146 muons m⁻² s⁻¹

C’est cohérent avec la valeur de référence au niveau de la mer (environ 170) et avec les 135 mesurés dans le même lycée avec un détecteur à scintillateur.

Les détecteurs autonomes

Sur batterie, avec un écran LCD et une carte micro-SD, le détecteur se passe d’ordinateur : on peut l’emmener en montagne, en avion, ou le laisser compter plusieurs jours.

Détecteur de rayons cosmiques autonome : boîtier bleu avec écran affichant les comptages, à côté de deux tubes Geiger sur un support orientable imprimé en 3D
Rayons cosmiques

Le MicroCosmos autonome

Un boîtier imprimé en 3D contient l’Arduino, un écran, un lecteur de carte SD et une batterie. Les deux tubes sont montés sur un support orientable gradué : on règle l’angle θ au zénith pour mesurer la distribution angulaire des muons.

L’écran affiche en direct :

t_tot: 33 N1: 17 N2: 15 N12: 2 t_exp: 33 SD OK

Durée totale, comptages de chaque tube, coïncidences, durée de l’expérience et état de la carte SD, où chaque mesure est enregistrée. Idéal pour des mesures en altitude, comme la comparaison entre Caen et l’Alpe d’Huez (voir l’expérience).

Micro(K)osmos autonome : boîtier noir avec écran LCD bleu relié à un module Geiger
Radioactivité

Le Micro(K)osmos autonome

Un seul tube Geiger relié à un Arduino logé dans un boîtier imprimé en 3D, avec un écran LCD de deux lignes et un bouton. Plus besoin d’ordinateur ni de moniteur série : les élèves lisent directement leurs mesures pour remplir le tableau.

L’écran affiche en direct :

N=4 N_MOY=3.58 n=24 t=240s

N : impulsions comptées pendant la dernière mesure de 10 s ; N_MOY : moyenne des mesures ; n : nombre de mesures ; t : durée écoulée. Ici, 24 mesures de 10 s en 240 s.